Jardin des littératures de l'imaginaire
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La magie est à l’œuvre, mais elle est instable
Les dieux ne sont pas ce que vous croyez. Ils ont leur vérité, nous avons la nôtre.
Lorsque l’obscurité minérale s’est ouverte comme une bouche, ses enfants ont jailli et le feu les a suivis, bondissant entre leurs pas. Il n’y avait pas de dieux dehors, mais deux Lunes au ciel.
Les enfants de la caverne ont longtemps marché en harde animale, sans conscience. Puis leurs membres antérieurs se sont dressés. Ils avaient fait le choix de marcher sur leurs jambes, de laisser leurs mains tisser les fibres, et leurs esprits se lier avec les défunts par la mémoire. Et pour eux, qui n’avaient presque pas d’histoire, chaque songe était une union avec les arbres et avec les créatures qui avaient un passé ainsi qu’un langage pour l’exprimer : là était leur histoire, la nôtre et celle de nos dieux.
De bêtes, nous étions devenus humains. En quête d’une nouvelle place sur la terre, nous avons parcouru des contrées, traversé les continents, de plus en plus loin.
Les plaines herbeuses se firent sèches et taiseuses.
La Lune Verte se dissimula à nos yeux.
La caverne fut engloutie sous les eaux.
Maintenant, nous attendons toujours pour agir et craignons de faire des erreurs.
Pourtant nous brûlons des feuilles odorantes à la fin de l’été, ou à l’automne, et dansons en nous plaçant front contre front, comme font les rennes lorsque deux mâles rivalisent.
Pourtant, à l’entrée de l’hiver, l’aïeule accomplit le rite, plante par plante, gorgée par gorgée, et place des bois rouges factices au-dessus de son front.
Alors l’aïeule se retire dans sa tente, seule, et manipule nerveusement des pièces de tissu brodé dans ses vieilles mains malhabiles. Alors elle voit au ciel les deux Lunes d’autrefois. Et lorsqu’elle se demande comment tenir la seconde à distance, où aller pour l’éviter, elle s’en remet, tout comme nous, aux dieux nés de nos songes.