Jardin des littératures de l'imaginaire
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Dans la salle de la Main-Rouge.
Connor : — Je sens quelque chose dans l’air, un pressentiment.
Cuchùlain : — Vous craignez pour les récoltes de cette année ?
Connor : — Pas vraiment, les greniers ne sont pas vides et nous avons eu de bonnes prévisions de Cathfa, qui a pu observer les astres.
Cathfa : — Les prémisses de l’été sont bons, les récoltes seront sans surprise.
Entrée de Leborham.
Connor : À Lebohram, qui arrive. — Quels bruits à nos frontières ? Tout est trop calme chez nos voisins. Les Seigneurs d’Outremont sont par tradition les alliés des Maisons du Sud, mais Alba a considérablement enrichi son royaume ces derniers temps.
Leborham : — Le roi Brude d’Alba se tient plutôt tranquille ces temps-ci. Aucun mouvement frontalier. Il se consacre à l’essor de son royaume, avec des grands travaux qui occupent le pays.
Connor : — Je me suis laissé dire qu’il souhaitait reforger sa flotte, bâtie au temps de son grand-père Erenn.
Leborham : — Nos espions n’ont constaté aucune activité suspecte qui le laisserait penser. Le roi s’occupe à améliorer les pêcheries et les routes de son pays, à drainer les marais du Nord, comme un souverain qui apporte la prospérité à son peuple.
Connor : — Bien. Cependant, restons vigilants.
Leborham : — Voici des nouvelles de nos puissants voisins. Au Sud les royaumes de Leinster à la Harpe d’or et celui de Munster aux Trois couronnes sont inquiets des attaques possibles de la Bretagne et préfèrent nous marquer leur allégeance. Au Connacht, à l’Aigle noire et à la Blanche épée, Ellyll encourage encore les prétendants de sa fille à affronter notre héros. (Échangeant des regards avec Cuchùlain) Oui, très cher, il n’a pas oublié votre ancienne querelle… (À Connor) mais il paie le tribut à la date convenue.
Cuchùlain : — Au Donegal, Domanchenn a aussi une fille, je crois, en âge d’être mariée.
Cathfa : — Il se dit que la fille est belle, intelligente, et son père tient des terres au nord. Elle pourrait bien vous convenir, ô roi.
Connor : — Mughain est partie, je songe peut-être à reprendre une vie conjugale, mais j’ai d’autres plans en tête qu’un traité matrimonial avec notre voisin.
Leborham : — Il ne faudrait se fermer aucune porte d’aucune sorte, ô souverain Connor.
Cuchùlain : — Une alliance avec Domanchenn du Donegal serait on ne peut plus judicieuse.
Connor : — Le seigneur Domachenn possède les terres depuis la hanse jusqu’au détroit. Petit seigneur, il ne peut pas me nuire…
Leborham : — Sauf s’il s’allie avec Brude d’Alba.
Cuchùlain : — Le roi Brude ne s’est pas encore choisi d’épouse. Les avantages d’une telle union pourraient bien lui apparaître également.
Leborham : — Le royaume de Donegal est traditionnellement un allié des Terres de Sud, mais une habile campagne de persuasion pourrait peut-être, qui sait, le détourner de ses liens avec nous.
Connor : — Bien. Cuchùlain, je te charge de te renseigner sur ce parti avantageux et t’aviser que le père reste dans de bonnes dispositions vis à vis de nous. Pas question que mon rival puisse contracter cette union. Renseigne-toi sur la fille, et sur les plans de son père. Nous y verrons plus clair sur ce qui se trame au Nord.
Cuchùlain : — J’en fais mon devoir, majesté.
Cuchùlain se retire.
Connor : — Ah, Magicienne Leborham, j’ai besoin de tes services.
Leborham : — Je suis là, ô roi Connor, pour te les rendre, si c’est en mon pouvoir.
Connor : — Tu t’es intéressée, tantôt, à cette enfant que je garde chez moi. J’imagine sans peine que tu as déjà prévu de mener ta propre enquête…
Leborham : Faisant une révérence. — Tout grand roi n’ignore rien de ce qui se passe en son royaume...
Connor : — Tu vas t’enquérir de ses dons et aptitudes. Elle est du sang de la Grande Étaine, elle devrait faire une conseillère hors pair. Je désire que tu la formes et que tu fasses émerger ses pouvoirs de devineresse. Les tensions politiques entre nos puissants voisins nous la rendront plus qu’utile. Rapporte-moi au plus tôt tout ce qu’elle pourra prédire.
Leborham : — Des conflits sont, selon vous, imminents ?
Connor : — Régner, c’est prévoir. Je m’étonnes que tu me reproches ma prudence !
Leborham : — La guerre est certes un état naturel parmi les royaumes, mais la période de paix que l’on vous doit, par vos choix habiles jusqu’ici, pourrait vous autoriser à profiter de ce répit pour faire prospérer vos ressources... ou consolider vos alliances.
Connor : — Un royaume bien nourri est un royaume fort, mais un royaume qui a vue sur l’avenir l’est encore plus.
Leborham : — En vous méfiant à l’excès, ne craignez-vous pas d’encourager vos rivaux à se méfier de vous ?
Connor : — Je considère tes conseils avec toute l’attention qu’ils méritent. Comme la discrétion est ton domaine, tu en feras un juste usage en accomplissant la mission dont je viens de te parler, et dont j’attendrai des nouvelles avec une impatience royale.
Leborham : Saluant Connor par une révérence. — Ce n’est pas me contraindre que de me confier votre précieuse pupille. Je vous salue, ô roi. (à part) Je vais prendre quelques temps l’apparence de sa nourrice, pour ne pas l’effrayer. Très étonnée que le roi montre un autre visage que ce matin.
Ils sortent.