Jardin des littératures de l'imaginaire

Deldria : Acte 1, scène 3 : Deldria, puis Leborham.

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Dans la chambre de Deldria.

 

Deldria, seule. — Oh, ces rêves qui me hantent et que je dois pourtant garder en mémoire… Ils seront peut-être utiles, mais à moi ils font du mal.

 

Entrée de Leborham qui a pris l’apparence de la nourrice. Elle tient une tablette d’argile.

 

Deldria : Garde les yeux fermés— Bonjour Nourrice.

 

Leborham : — Bonjour, je vois que tu as rêvé cette nuit.

 

Deldria : — Oui, mais les images s’effacent de ma mémoire...

 

Leborham : Elle tient un stylet au-dessus de la tablette d’argile, prête à écrire.

— Vite, dis-moi ce dont tu te souviens. Dépose ton fardeau dans mes mains.

 

Deldria : — J’ai vu une plaine déployée jusqu’à la naissance du ciel, et sur cette plaine des guerriers en grand nombre. À leur tête, un homme portait un casque noir d’où sortaient deux cornes d’or. L’aigle, qui était juché sur l’une des cornes, avait la vue perçante, il dominait la plaine, mais ne voyait pas ce qui se terrait sous la roche. (Silence)

 

Leborham : Écrivant— Qui se terre sous la roche ? As-tu vu autre chose ?

 

Deldria : Toujours les yeux fermés— Au-dessous... on attend l’obscurité pour verser le sang sur les mains. Cette armée est étrange. Elle perçoit avec son ventre les mouvements de la terre, comme le serpent qui rampe.

(Un temps)

Alors des vents mauvais se déchaînent avec violence. Ils emportent les hommes, le casque et ses cornes...

 

Leborham : — C’est bien tout ?

 

Deldria : — Non. Il y a plus loin encore… Non… Plus rien, le songe s’est perdu.

(Ouvrant les yeux, se tournant vers Leborham) Tu n’es pas ma nourrice. Qui es-tu ?

 

Leborham : Reprenant son apparence.  — Tu ne m’as jamais vue. Je suis Leborham, la magicienne. Je suis chargée par le roi de te guider et de t’initier à la magie. J’ai connu ta mère autrefois, et ton père, un peu. Je voulais connaître la fille d’Étaine.

 

Deldria : — Comme tu le vois je réside entre quatre murs de pierre, tandis que mes rêves chevauchent le temps et l’espace.

 

Leborham : — Tu seras bientôt autorisée à circuler dans le Palais, pour parfaire ton instruction.

 

Deldria : Souriant tristement— Parle-moi de ma mère, que j’ai trop peu connue.

 

Leborham : S’approchant doucement— Demande moi ce que tu veux savoir, je suis prête à trop en dire.

 

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