Jardin des littératures de l'imaginaire
La scène se passe sur le tertre où se dressait jadis la forteresse d'Emain Macha, la capitale de Connor.
Le fantôme du Druide Cathfa :
— Malheureux est le peuple qui a un destin ! Et pire encore est celui qui cherche à y échapper.
Le fantôme du roi Connor :
— Celui qui s’oppose au destin met en marche des forces qui dépassent de loin les forces des hommes.
Le fantôme du Druide Cathfa :
— Quand il s’agit de peuples et de rois on peut s’attendre à une tragédie.
Le fantôme du roi Connor :
— Deldria, par colère contre le roi Connor, commit un acte sauvage qui la fit rester dans nos mémoires.
Le fantôme du Druide Cathfa :
— Quelle est sa faute ? Qui scella son destin ? Elle seule fut pourtant sage de le suivre.
Le fantôme du roi Connor :
— Quelque chose s’est brisé le jour où le roi a pris sur lui de sauver la vie d’une enfant.
Le fantôme du Druide Cathfa :
— Pourtant Deldria était, depuis sa naissance, destinée à causer la mort des fils d’Ulster.
Le fantôme du roi Connor :
— Oh ! Pourquoi ce roi a-t-il épargné cette larve qu’il ne connaissait pas ?
Le Druide Cathfa avait pourtant prévenu l'assemblée : la fille à naître allait déclencher un épouvantable bain de sang parmi les guerriers Ulates !
Le fantôme du Druide Cathfa :
— Et qu'a donc entendu notre bon roi Connor, parmi toutes les mises en garde du druide ? A-t-il seulement entendu et compris une phrase ?
Le fantôme du roi Connor :
— Oui, une phrase et rien qu'une…
Le Druide expliquait aussi, ce jour là, que l'enfant allait devenir la plus belle femme qu'on pourrait voir, un vrai prodige !
Le fantôme du Druide Cathfa :
— Connor a-t-il voulu connaître cette beauté ultime, de ses yeux ? Sa curiosité sans bornes l’a-t-elle persuadé qu'il pourrait enfermer cette merveille, la tenir à l'écart des autres hommes, et s'en délecter seul dans le noir ?
Le fantôme du roi Connor :
— Oh, maudite soit la folie des rois, toujours plus coûteuse que la folie des autres hommes !