Jardin des littératures de l'imaginaire

L'enfant d'Asgard - Chapitre 39 : Vers Vanaheim

Contrairement à ce que leur orgueil prétendait, les dieux n’avaient pas dompté toutes choses. Ils en avaient seulement asservi un nombre suffisant pour en donner l’illusion.

A l’heure du trépas d’Odin, la lumière avait percé l’écume et déchiré les mailles du filet de Njörd. Dissimulé dans les ombres mouvantes, les créatures des Eaux avaient interrogé le ciel.  Pourquoi le Soleil venait-il les sauver, tout à coup ? Pouvait-on croire son message ? L’astre les avait abandonnés là où la reine de la nuit leur était restée loyale. Aux heures les plus terribles, elle avait envoyé sa myriade d’étincelantes courtisanes parsemer l’Océan d’espoir et de beauté. Aussi, quand le peuple des Eaux se tourna vers elle, la lune lui chuchota de délaisser ses craintes, de les laisser sombrer dans les abysses et de reprendre possession de son territoire pour que nul ne prétende plus à sa domination.

Perçu comme un autre de ces redoutés conquérants, le Skidbladnir endura les attaques des Vagues. Plusieurs nuits durant, les filles enragées de l’Océan se jetèrent sur lui et plantèrent dans sa coque leurs griffes de sel ; cependant, elles renoncèrent peu à peu à leur furie, lassées de cet adversaire qui ne s’affaiblissait pas plus qu’il ne se défendait. Le vaisseau fut bientôt accueilli en étranger, ni ennemi ni allié, toléré et étroitement surveillé.

Des sirènes rôdaient à ses alentours. Leurs nageoires irisées, décorées de perles, fendaient gracieusement les flots. Elles dansaient avec les étoiles et chantaient dans une langue défaite de mots. Sygn avait cru, dans un premier temps, qu’il s’agissait d’une mise en garde, d’une menace. Mais en réalité, elle ne le comprit que plus tard, les sirènes narraient une tragédie. Leur douleur portée par le ressac, elles pleuraient une sœur disparue. Une jeune fille des Eaux.

Il y a très longtemps, bien avant que l’horizon ne sépare la mer du ciel, vivait une jeune fille dont la douceur et la beauté ravissaient l’Océan. Ses sœurs aimaient flâner avec les courtisanes de la Reine de Nacre mais la jeune fille, elle, n’avait d’yeux que pour le jour. Animée d’une passion sincère et entière, elle admirait en secret le roi du ciel, dont l’œil d’or saupoudrait les flots de trésor.

Un jour, le Soleil la remarqua. Il valsa avec elle, il para son cou de bijoux, la flatta de ses chaudes caresses et lui promit de la faire reine. La jeune fille n’avait cure d’être souveraine tant qu’elle était sienne. A son bras, elle passa toute une saison à rêver, à aimer, à rire, à danser et à coucher sur le sable brûlant.

A l’automne, le Soleil devint distant. Il se retirait plus tôt du ciel et disparaissait souvent derrière les nuages que le vent poussait devant lui. Mais la jeune fille lui était si dévouée, qu’elle continua de l’attendre sans lui reprocher ses absences. Malheureusement, ainsi que l’avaient redouté ses sœurs, son doux rêve prit fin quand se révéla l’infidélité de l’être aimé.

Une telle trahison priva la jeune fille de sa raison. Condamnée par ce qui l’avait tant exaltée, elle s’arracha le cœur de la poitrine. Sorti de sa cage d’os, l’organe se vida de toute sa substance et lui glissa des mains. Il roula jusqu’au fond de la mer, là où rien ne le différenciait des autres pierres.

Le courant rendit la malheureuse dulcinée à l’Océan. Il la déposa sur son lit, dans son palais de corail, auprès de sa famille ; mais la joie que lui inspiraient autrefois ses sœurs et son peuple s’était envolée. Ni les chants de ses aînées, ni les jeux de ses cadettes ne ramenèrent la vie dans son regard vidé de lumière. La jeune fille, qui avait été si vive et si gaie s’éteignit quelque part, dans un recoin si lointainement enfoui qu’elle en oublia celui qu’elle avait tant désiré. Là, ses doigts effleurèrent un galet, qu’elle prit pour son cœur perdu. Pensant y retrouver son doux amant, elle le plaça entre ses côtes.

Son agonie façonna le sable, et sculptée par le sel de ses dernières larmes, naquit une déesse impétueuse et vengeresse qui s’élança vers la plage où le roi du ciel avait fauté. Ses rugissements s’entendirent jusque dans les nuages mais il ne lui prêta pas la moindre attention. La Grande Vague bondit plus haut et son cri retentit encore au-delà. Le Soleil ne vint pas et son épouse dont on disait la chevelure peinte par le vent, d’un revers dédaigneux, brisa sur l’arrête d’une falaise cette ancienne conquête trop véhémente.

Du haut de son trône, elle observa la formation d’une couverture d’algues qui priva le Soleil de son reflet. La reine des airs envoya une tempête pour la disperser. Mais une fois réduite en lambeau, le spectre de la jeune fille, continuait de secouer la surface du miroir d’eau. Il se mit à hanter les côtes, les falaises et les plages dans l’espoir qu’un jour, son amant descende lui rendre hommage.

 Pour l’aimer ou le noyer, Sygn n’aurait su le dire. La mélancolie du chant la persuadait peu de la possible rédemption de Sol. Qu’il ait un jour chéri la jeune fille ou non, il lui avait tourné le dos pour une autre. Qu’est-ce qui avait réellement tué la jeune fille ? D’avoir perdu son amour ou de comprendre que sans doute, ne l’avait-elle jamais eu ?

Minuscule au milieu des tourments de tout un monde, l’ambition du Skidbladnir paraissait bien vaine. Bien légère. N’importe quelle baleine, d’un coup de nageoire, aurait pu le faire basculer. Quelle différence ça aurait fait ? 

Assise à la naissance de la figure de proue, Sygn battait mollement des jambes au-dessus du vide. L'abattement l’emportait. A cause de ses doutes sur ce qu’ils trouveraient de l’autre côté de cette mer, mais aussi à cause de ce qu’ils laissaient derrière eux. Ils n’avaient pas récupéré une offrande pour Freya. Ils l’avaient prises aux mains de Solveig en le lui payant par un chantage. La honte submergeait Sygn. Rien dans ses actes ne lui ressemblaient et pourtant, elle les avait bien accomplis. C’était bien elle qui s’était glissée dans le lit de Solveig, elle qui avait juré milles choses en échange de caresses et de baisers, en échange d’un instant de répit. Autant qu’elle avait douté reconnaître Siegfried, à son retour de la cité, elle doutait se reconnaître.  

Derrière, les lattes du pont trahirent l’hésitation d’une approche. Engoncé dans un col qui lui râpait les joues, Lokten marmonnait. Ses lèvres se figèrent quand il réalisa avoir été pris sur le fait.

— Je peux venir ? 

Sygn se décala pour lui faire une place.

— Tu as froid ? demanda-t-il.

— Un peu.

— Oh. Moi aussi. 

Sygn secoua la tête sans mot dire. Amusée et abusée. Il essayait, au moins.

— J’ai pensé à quelque chose, annonça Lokten après quelques secondes d’un silence chargé d’incertitude. 

— A quoi as-tu pensé ?

— En fait, je voulais te demander quelque chose.

— Je t’écoute. Dis-moi. 

Les ongles de Lokten claquaient sur le bois. La lune bleuissait son teint. La main de Sygn se posa sur ses phalanges contractées, qui se détendirent.

— Je voulais te demander si tu accepterais d’être ma sœur et moi, ton frère. 

Avec précaution, Sygn pivota vers lui. Une expression de tristesse alourdissait ses traits mais c’est d’embarras, qu’elle se froissa. 

— J’ai déjà un grand frère, tu sais, dit-elle à mi-voix.

— Je ne te demande pas de choisir entre lui ou moi. 

Avant de se présenter, Lokten avait mûrement réfléchi, avait considéré chaque mot d’après les connaissances qu’il en avait. Pesé le pour et le contre. Le risque d’un refus comparé à la possibilité d’un oui. Après un calcul méticuleux, il fut déterminé que le jeu en valait la chandelle. Sygn commençait à le connaître, aussi, elle s’efforça de lui témoigner la même considération : 

 Un choix a déjà était fait et tu n’y es pour rien. C’est juste… cela s’est fait.  Bien avant qu’on te trouve, quelque chose s’est cassé avec Sieg’. Il n’est plus pareil, le frère que j’avais a disparu. 

C’était même pire. S’il avait seulement disparu, Sygn serait partie à sa recherche. Siegfried n’avait pas disparu, il avait changé. D’une manière irrémédiable, par l’œuvre de forces plus grandes et plus importantes que la sienne. Quelque chose s’était brisé, pour la simple et bonne raison que Sygn n’existait pas, pour le nouvel homme bâti à Alldrheim. Parce qu’il avait appris à taire le nom de sa sœur, Siegfried l’avait oubliée et parce qu’à côté de ce que lui offrait le monde, elle ne valait rien. Un serpent resserra ses anneaux dans le ventre de Sygn et l’étrangla. Elle avait longtemps cru partager un rêve avec son frère. Mais c’était faux. Tout ce qu’elle avait, c’était un second rôle dispensable dans sa grande aventure. Un élément détachable, un sceau de cire que l’on gratte. Elle était partie et Siegfried, il avait tout gardé, déjà tout remodelé. Et plus elle y pensait, plus l’évidence s’imposait. Ce mécanisme ne datait pas de la veille. Siegfried avait tout remodelé avant même de rentrer à la maison et c’est ce qu’il avait toujours fait. Dès son plus jeune âge, n’avait-il pas remodelé son nom ? Sigyn, dont il avait amputé une syllabe parce qu’elle ne lui convenait pas. Une syllabe que personne ne s’était donné la peine de recoller. Les défaites qu’il n’avait pas admises, parfois des heures, parfois des jours. Sygn avait seulement appris à le laisser gagner pour ne plus le contrarier. Il s’était goinfré de son admiration comme il se goinfrait des baies et des champignons qu’elle passait des jours à accumuler dans son panier en vue de préparer une confiture ou une soupe. Lui avait-il jamais demandé ce qu’elle ferait, ce qu’elle aurait aimé faire, sans lui ?  Sygn comprenait que s’il brillait tant, c’est parce qu’elle lui avait laissé toute la lumière. C’est ce qu’on lui avait appris à faire, après tout. A ne rien dire quand il piétinait ses dessins dans la terre. A ne pas monter Spiegel en sa présence afin de ne pas le vexer d’être un cavalier si médiocre. Siegfried remodelait tout et tout se remodelait pour lui convenir. Sygn avait sa part, là-dedans, elle s’en rendait compte. Cela dit, elle lui en voulait. Siegfried était égoïste. Vaniteux. N’existait que sa propre route. Depuis sa naissance, elle l’y accompagnait et la seule fois où elle l’avait supplié de s’en écarter d’un pas, il l’avait rejetée dans le fossé, sans compromis, sans discussion. Parce qu’il ne supportait pas d’être dépassé. Qu’un instinct pût être plus clairvoyant que le sien.

— Avoir un frère, ça ne m’a pas rendu aussi heureuse que ça, je crois, dit Sygn avec un sourire triste. Je n’ai plus envie de ça. D’être la moitié de quelqu’un qui est déjà entier. Je ne veux pas d’un autre frère, Lokten. Je suis désolée. Vraiment désolée. 

Le vent fouettait le visage de Sygn, déjà rongé par les embruns. En fixant l’horizon, elle avait espéré y noyer sa peine, la remettre à l’Océan, la laisser s’y diluer parmi les milliers de tourments qu’il brassait déjà. Sans succès. Les vagues lui renvoyaient son chagrin en pleine face. Combien de fois avait-elle rêvé d’arpenter les mers en compagnie de Siegfried ? Combien de monstres s’étaient-ils apprêtés à croiser ?

Et pourquoi aurait-elle à y renoncer ?

— Mais tu sais, je crois que je préférerais largement avoir un ami. Qu’en dirais-tu ?

— Qu’est-ce que c’est, la différence ?

— Les amis se choisissent. Ils ne se subissent pas.

— Alors je crois que ça serait bien. Mieux, même, dit-il avec sérieux.

— Alors nous sommes amis. 

Ensemble, ils rejoignirent le pont. Lokten présentait tous les symptômes de l’épuisement mais Sygn le retint. C’est elle, cette fois, qui se trouva intimidée. 

— Je… je voulais te présenter des excuses, Lokten. Pour la façon dont je t’ai traité, là-bas, fit-elle en désignant un point derrière eux, caché dans la brume.

— Ce n’est rien.

— Tu avais besoin de quelqu’un pour… 

— Tu as fermé assez de mes plaies, Sygn. J’ai une dette envers toi.

— Les amis n’ont pas ce genre de dettes. Ils ne comptent pas les points. Ils sont simplement là.

— Quand tu auras une plaie, c’est moi qui viendrais la soigner.

— Tu viens déjà d’en guérir une. 

Lokten fronça les sourcils, avec une incompréhension évidente mais qu’il acceptât comme une part naturelle de cette amitié. Cette nuit-là, il s’endormit, apaisé par une chaleur qu’il ne parvint pas à éprouver au travers de sa main mais qui, en dépit des courants d’air qui rampaient sous la porte de la cabine, ne le quitta pas. Bercé dans son hamac, les bras pendants de part et d’autre, il glissa dans les eaux d’un Fleuve calme.

Sur le pont, la morsure saline des flots persistait. Toutefois, Sygn s’en trouva moins incommodée. A l’écart de ses compagnons de voyage, elle avait enfin expié des larmes trop longtemps retenues. D’autres viendraient plus tard, certainement, mais pour l’heure, elle était lessivée de toute émotion.

Dans le froid, l'extrémité de ses membres s’engourdissait. De la fatigue que Sygn se contenta d’ignorer. Un autre problème devait encore se résoudre. Celui de ses mains, celui de cette magie qui sommeillait et qui répondait aléatoirement aux sollicitations. Pourquoi ne s’était-elle pas manifestée quand Viggo l’avait empoignée ? Une sorcière incapable de se défendre, ce devait être une preuve de décadence de l’espèce, railla-t-elle intérieurement. 

  « L’enchanteresse domptait les démons, ma tante cultivait l’éternelle jouvence, ma mère règne sur toute une forêt. Et moi ? Rien du tout. »

Pourquoi Torunn ne lui avait-elle appris qu’à reconnaître quelques plantes ?

Pour que la magie serve Siegfried sans risquer de le surpasser.

Parce que le monde se remodelait sur le passage de Siegfried.

Sur l’ordre de Torunn.

 

— Vous paraissez bien morne ce soir, lança Loki tandis qu’il s’approchait, les mains croisées dans le dos.

— Vous ne dormez pas.

— Pas plus que vous. Mais tous les deux, nous avons déjà eu cette conversation.

— Sauf qu’à présent, vous savez comment vaincre tous ces cauchemars.

— Le puis-je vraiment ?  Alors qu’ils sont si profondément ancrés ? 

Il sembla que Loki aussi, se trouvait en proie aux tourments d’une introspection nocturne. Lèvres pincées, son regard allait bien au-delà de l’horizon. Il prit appui sur le bastingage. Son corps gracile avait perdu sa légèreté du trajet vers Nidavellir.

— Je n’ai pas aimé faire cela à Solveig, confessa-t-il. Je n’ai pas aimé la manière dont se sont déroulés les événements. »

Le jour, le soleil embrasait les yeux de Loki mais la nuit, la lune se reflétait sur sa peau diaphane, nacrant les plus infimes reliefs de ses veines. De sa présence, émanait une grande froideur, plus glaçante que les courants d’air ou ceux des eaux. Une froideur pareille à celle d’un bain de glace.

— Vous avez fait preuve d’intelligence pour tous nous tirer indemnes de cet endroit. 

— Ce pourrait être réconfortant si je ne vous avais pas emmenée là-bas en sachant qui y trouver. Je savais que Solveig mordrait à l’hameçon car je savais aussi ce que mon nom attiserait en elle. La souffrance m’entoure parce que je la sème.

— Je crois… je crois qu’elle est partout, que vous soyez là ou non. Elle est juste là, comme une grande toile d’araignée collante, à laquelle nous participons tous et dans laquelle nous sommes tout aussi nombreux à nous empêtrer. 

— Quoi qu’un peu pessimiste, vous êtes intelligente, vous aussi. Naturellement, il est plus évident de s’en rendre compte lorsque vous n’êtes pas ensevelie dans la stupidité de votre frère. 

— Mon frère a été stupide mais il est injuste de le réduire à cela. Mon frère n’est qu’un homme, et il n’est pas le premier à se laisser corrompre par des rêves de grandeurs. 

— Vous lui témoignez un respect étonnant. 

D’un soupir, Sygn préféra balayer cette conversation. Elle ne désirait pas que d’autres s’approprient le sujet Siegfried. Ils ne le connaissaient pas, ils ne pouvaient pas le juger correctement. Elle-même, ne pouvait plus y prétendre.

— Que trouverons-nous, au bout de cette mer ? 

— Vous concernant, il se pourrait bien que vous retrouviez votre mère, là-bas. Elle est certes vane, mais l’accueil qui lui a été fait à Asgard l’y aurait poussée de toutes manières.

— J’espère que retrouver son foyer l’apaisera. 

— J’en serais surpris. Votre mère, en se présentant à Asgard, a exigé un nom et une tête. Elle ne lâchera pas le morceau.

— Que reste-t-il vraiment du royaume des Vanes ?

— Vanaheim a été pillé, déclara Loki avec le regret d’un messager délivrant de mauvaises nouvelles. Les vanes ont été massacrés et les rares survivants sont devenus les captifs d’Odin. Libérés de son emprise, je sais qu’ils se sont mis en quête de leur ancienne demeure. Ils ont dû partir juste après moi, à la suite des funérailles du Vieux. Mais je ne peux vous dire ce qu’il reste aujourd’hui de leur pays. J’ignore même s’ils auront le cœur à vivre longtemps là où tous les leurs sont morts. Je crains que de la splendeur passée de Vanaheim, ne reste qu’un mausolée dans le meilleur des cas et un charnier, dans le pire. 

Les plantes avaient dû recouvrir les édifices, les palais et les statues, dans une vaine tentative de protéger cet héritage dépourvu d’héritier. Vanaheim se réjouirait-elle de retrouver ses anciens maîtres, ou serait-elle devenue sauvage, rendue folle par l’abandon ?

Sygn peinait à imaginer un royaume, si longtemps livré à lui-même. Elle s'emmitoufla un peu plus dans sa veste, tremblante à l’idée de pénétrer un tel territoire, hanté par le Souvenir de la Mort.

— Vous avez froid, remarqua Loki. Venez. 

Il déploya sa cape et la sorcière ne se fit pas prier pour s’y fondre. Ce n’était pas très différent que d’être sous une peau de loup, près d’un feu de cheminée. Il y faisait chaud et dans ce cocon, les muscles crispés se relâchaient et les pensées obscures se dissipaient. Une barrière après l’autre, l’épuisement eut bientôt raison de la retenue. La tête de Sygn bascula doucement contre l’épaule de Loki, et, après une hésitation, il referma cette étreinte en déposant son menton mal rasé sur les cheveux bruns de la sorcière.

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