Jardin des littératures de l'imaginaire
Le soleil bas déployait de gigantesques ombres sur les pavés ternis d’Asgard. L’odeur de la terre, imprégnée de pluie, enterrait profondément dans le passé le parfum des fleurs et des célébrations, inondant autrefois les allées et les grandes halles. Diluées par les orages, les éclatantes couleurs de la cité s’en étaient allées.
Durant ses plus jeunes années, Torunn avait passé de longues après-midis, cachée au milieu des taillis, à observer les vastes résidences des dieux. Elles s’emparaient alors de l’éclat du soleil, que leurs marbrures, leurs dorures et leurs vitraux façonnaient comme la plus précieuses des pierres. Tout scintillait en ce temps. Torunn se souvenait des épis de blés tressés ceignant les portes et les fenêtres de la bâtisse de Freyr, des perles nacrées sertissant le portail de Njörd, des couronnes de fleurs sauvages dans les cheveux de Freya, des tuniques richement brodées de Baldr. Parce que Frigga se plaisait à bénir tout et n’importe quoi, de l’éclosion des premiers bourgeons au départ de certains oiseaux à la fin de l’été, les danses, les chants et les jeux emplissaient le royaume qui, à présent, ne revêtait plus qu’un triste silence.
Torunn entraperçut l’écho d’un éclat de rire ; à moins que ce ne fut le tintement des pieds nus d’une danseuse sur le pavé. Nombre de jeunes femmes avaient dévoué leurs charmes à l’un de ces dieux égoïstes. Beaucoup étaient venues pour Baldr bien entendu– mais c’était pour Freyr et Freya qu’elles étaient revenues. Leur sanctuaire, quelque peu à l’écart, se dissimulait dans la rondeur d’une colline et l’on disait l’intérieur tapissé de peaux de bêtes si douces qu’il était impossible de ne pas s’y étendre en la chaude compagnie des maîtres de maison. Freya croulait sous les offrandes et les promesses et Freyr cédait à toutes les sollicitations, d’autant plus nombreuses qu’elles émanaient des deux sexes, chose dont ne pouvait se targuer Baldr. Les jouvencelles qui gouttaient à la pulpe de ses lèvres devenaient des femmes qui préféraient s’en remettre aux mains expérimentées de son rival vane. Freyr s’en amusait mais de toute évidence, cela bafouait la virilité de Baldr. Freyr aimait là où Baldr possédait. Freyr aimait démesurément, infiniment, excessivement et sur les différentes branches d’Yggdrasil, on lui attribuait plus d’amants et de maîtresses que le ciel comptait d’étoiles. De telles absurdités laissaient Nanna, déesse de la Lune, sans voix.
Guidée par les éclairs invoqués par Thor, Torunn rejoignit le temple d’Odin. Les vitraux maussades, qui avaient auparavant présenté une introduction glorieuse au Père-de-Tout, ne constituaient plus qu'une oraison grotesque. Le voile gris de la cendre collait aux statues bordant l’entrée. Plus rien ne tenait debout. Pas plus les constructions que les arbres, courbés par le vent. Dehors, les chemins se dessinaient dans l’aplatissement d’herbes folles et dedans, un lit de glaise recouvrait les tapis. Les boucliers et les lances forgées jonchaient les sols. Le tonnerre vociférait.
Parvenue au centre de l’édifice, Torunn s’immobilisa. Contre ses oreilles, son cœur battait la mesure du doute. Elle se sentit ridicule. Stupide. Exactement telle qu’elle l’avait été jadis. Elle, la petite sorcière vane dépourvue de talent et qui ne devait sa survie qu’au don de sa sœur. Elle passa une main nerveuse sur sa bouche ; cette bouche dont les Ases moquaient la difformité. Torunn bascula sur une jambe pour apercevoir la cour. Un trait d’acier s’abattit au milieu d’une foule composée de spectres rapiécés. Loki se tenait en retrait. Aussi, elle le rejoignit en toute discrétion.
Rassemblés en demi-cercle autour d’un autel de pierre, les asgardiens étaient trop absorbés par le spectacle pour la remarquer. Torunn se hissa sur la pointe des pieds pour mieux voir. Thor frappait. Il frappait sur l’autel et parfois, les asgardiens poussaient un petit cri, une main plaquée sur la poitrine. Que cherchait-il à forger ? Que frappait-il ainsi ? La lumière s’écrasa à nouveau sur la terre et sa blancheur tranchante révéla l’horreur.
L’effroi saisit Torunn. C’était de loin le phénomène le plus atroce, le blasphème le plus grossier dont elle eût jamais été témoin.
Le cadavre calciné d'Odin convulsait à chaque nouveau choc. Les restes de sa chevelure et de sa barbe avaient la teinte du charbon. Son visage, par Yggdrasil, que restait-il de son visage ? Que restait-il du plastron de son armure, enfoncé entre ses côtes ? Ses bras pendaient de part et d’autre de la pierre. Et Thor continuait de frapper. Il transpirait comme un bœuf. Une grosse veine palpitait au niveau de sa tempe. A vrai dire, transpirait-il, pleurait-il ou n’était-ce que le reflet de la pluie sur sa face cramoisie ? Hurlait-il de rage, ou n’était-ce que le tonnerre ?
Torunn aurait aimé se réjouir de sa détresse mais s’en trouva incapable. Les mutilations que subissait le cadavre ne la comblèrent aucunement. La mort amplement méritée d’Odin lui suffisait. En fin de compte, ce vieux fou était mort de vieillesse, loin de la gloire du combat, et il avait déjà rejoint ceux qu’il méprisait tant de son vivant, au royaume de Helheim. Là où résident ceux qui meurent sans les honneurs de la guerre.
— Thor a entendu parler d'un midgardien qui aurait rendu la vie à un cadavre en l'exposant à la foudre. Il est totalement acharné, depuis.
Torunn n’eut pas à voir Loki pour savoir que la mesquinerie fendait ses joues.
— Je me demande qui a pu lui raconter de telles sornettes. Depuis combien de temps…
— Aujourd’hui, fit Loki en comptant sur ses doigts, cela fera sept jours.
— Sept jours ! s'exclama Torunn à voix basse.
— Thor a toujours fait preuve d'une indéniable persévérance.
Le carnage auquel se livraient le marteau et la foudre ne surpassait pas celui donné par l'ensemble des Ases réunis, sérieux et attentifs. Aucun d'eux ne protestait devant la mutilation de leur roi. De leur Père. Attendaient-ils qu’il ne restât aucun os à rompre pour accepter la vérité ? Croyaient-ils encore le voir se dresser sur ses deux pieds ?
Même avec ses vêtements crottés, Torunn se savait bien moins misérable qu’eux. Les Asgardiens se voûtaient sous des capuches alourdies par la pluie. Le temps des parures scintillantes, des coiffures élaborées et des toilettes élégantes n’était plus. Il avait même emporté leurs manières délicates et leurs fiers ports de tête.
A la réflexion, seul le voisin de Torunn présentait une allure décente, bien qu'il n’eût pas réussi à fuir totalement l’âge. La maturité lui convenait assez, cela dit. Ses traits effilés et narquois ravissaient sa beauté d’un charme singulier.
— Pourquoi lui avoir raconté une si cruelle idiotie ?
— Parce que je savais qu'il la croirait.
— Tu le savais ?
— Je le supposais très fort, rectifia Loki.
Leur babillage se superposa à une seconde d’un total néant. Ce fut d’abord Skadi, qui se retourna. Ce qui attira l’attention de Njörd. Puis celle de Hermöd, et ce fut bientôt toute une vague de murmures qui se répandit dans la cour. Frigga frôla la crise cardiaque. Hlin, sa vieille servante, se jeta à sa suite. Sif fit signe à Thor qui, en dernier, porta son regard de bovin hébété vers la raison du trouble. Il sembla réfléchir, ce qui aurait pu déclencher un fou-rire chez n'importe qui en d'autres circonstances.
— C'est ta faute ! Mon père est mort par ta faute ! beugla-t-il.
— Il est mort de la sienne, rétorqua Torunn
Le géant au marteau s’élança dans sa direction. L’onde de sa fureur se propagea dans le sol. Son teint rougi par l'effort muta en un violacé complètement dément. Les asgardiens s’écartèrent de son passage mais parmi eux, il rencontra un obstacle. Ferme et infranchissable. Sif, son épouse. D’une main autoritaire sur son thorax, elle le retint, et de l’autre, elle lui tira l’oreille pour l’obliger à s’incliner à sa hauteur. Elle lui dit alors une chose qui, si elle ne parvint à apaiser la colère du tonnerre, eut au moins le mérite de la confiner dans les poings de son mari.
— Pourquoi est-elle revenue ! beugla-t-il.
Mais il ne reçut aucune réponse. Derrière lui, l’assemblée se scinda une seconde fois, réduite au silence, commandée par un respect unanime. Libérée de sa suivante, la reine de tous ces fous s’avança, soutenue par une canne tordue. La brise la ballotait, une bourrasque l’aurait faite chuter. Malgré tout, elle avançait. Ses pieds se traînaient, lourds et indisciplinés, ses bras s’agitaient sans cohérence. L’émotion était trop vive pour que l’esprit n’affirme sa volonté, le corps la percevait seulement par bribes entre lesquelles régnait l’inexorable dégénérescence de l’âge.
— M… Mon enfant. Nous… nous ne pensions pas te revoir un jour. Ô, pauvre Torunn ! Comme je regrette que tu aies eu à affronter le deuil de ta pauvre sœur seule. Tous, je vous ordonne de lui faire bon accueil ! Et Heimdall ! Mon fils, mon tendre garçon, où est-il ? Pourquoi n’est-il pas ici ? Le pauvre doit être complètement perdu. Son père est mort… Comme le malheur nous accable !
Il ne plut guère à Torunn de repousser la vieillarde qu’était devenue Frigga. Elle s’en tint toutefois à son ambition première. Sa pitié n’irait à aucun d’entre eux. Eux, n’en avaient eu aucune pour Idunn.
— Pourquoi es-tu ici ? » Demanda Sif avec la plus grande prudence.
La princesse venait de se joindre aux côtés de la reine, telle une escorte. Torunn avait toujours moqué Sif pour tout ce qu’elle faisait dans le seul but d’être vue, pour s’imposer comme la parfaite belle-fille et, à terme, comme la future souveraine désignée par l’Evidence elle-même. Ne pouvait-elle s’en empêcher ? Voyait-elle encore la moindre chose sur laquelle régner ? Sa manière de s’interposer, de protéger la vieille reine de son corps était bien superflue. Elle le faisait parce qu’en vérité, il n’y avait aucun danger à parer. Cependant, son zèle prit sens quand trois enfants vinrent l’entourer. Torunn balaya rapidement la cour. Des enfants. Il n’y en avait aucun autre. Possiblement, s’agissait-il là des trois derniers enfants de cette race aux portes de l’extinction. Sif. Protectrice des vieillards et gardienne de l’espoir devant laquelle tous finiraient par s’incliner ! Tout cela, rien qu’en ouvrant les cuisses !
— Je suis venue pour partager votre peine, bien sûr, prétendit Torunn d’une voix doucereuse.
— Je t’en supplie, ne sois pas cruelle. Nous sommes tous très éprouvés, tu peux comprendre cela.
— Une âme cruelle se contenterait de votre déclin et s’en retournerait là d’où elle vient.
— Laisse-nous une chance de régler tout ceci dans la paix.
— C’est précisément pour la paix que je suis ici, Princesse.
Le mépris de Torunn ne déstabilisa pas Sif. Le port de tête à peu près altier, elle acquiesça lentement. Ce silence pieu, qu’avaient observé les asgardiens pour leur reine, devait perdurer en présence de celle venue réclamer vengeance. Et son mari, qui bavait de l’écume comme un taureau, l’inquiétait tout particulièrement.
— Vous êtes terrifiés de connaître le sort du Vieux. Je vous vois, ricanait Torunn. Vous avez vieilli. Vous avez perdu de vos forces. Même toi, Thor.
— Tu lui as raconté, Serpent ! mugit ce dernier en pointant son gros doigt vers Loki.
— Moi ? Trahir un secret ? Jamais !
— Que veux-tu ? s’empressa de demander Sif.
— Nous te le donnerons ! promit Frigga.
— Ce que je veux ? répéta Torunn. Il me tardait d’entendre quelqu’un poser la question. Ce que je veux, je suis prête à l’acheter à un bon prix. Je veux ce qu’Odin a refusé à ma sœur ! Je veux la tête de celui qui lui a fait du mal. En échange, je suis prête à vous offrir ce qu’Idunn vous offrait autrefois.
— Tu mens, Sorcière ! accusa l’un.
— Idunn s’est pendue et tu voudrais nous le faire payer ! s’indignait l’autre.
— C’est la faute de l’un d’entre vous, affirma Torunn.
— L’un d’entre nous ! La belle affaire ! Ce pourrait aussi bien être l’un de ces sauvages d’elfes ! Ta sœur avait la maudite manie d’errer seule dans les bois ! s’emporta Tyr.
— Ta sœur est morte parce qu’après nous avoir tous repoussés, la solitude lui était devenue insupportable, railla Baldr.
— Je sais lequel d’entre vous est coupable.
Et la nouvelle déferla sur l’assemblée, pareille à une vague glacée ; une vague qui gela les ases et qui raviva les vanes. Skadi, plus renfrognée que jamais, arma lentement, sans un crissement, ses griffes. La Panthère blanche semblait attendre un signal, parole ou simple battement de paupières. Freyr et Freya se blottirent l’un contre l’autre. Baldr, Tyr et Vidar, quant à eux, cherchaient le pommeau d’une épée qui n’était pas pendue à leur ceinture ce jour-là.
— Voyez que je suis de bonne foi. Je connais le nom du coupable et pourtant, pour éviter un bain de sang, je suis prête à le taire. Je suis prête à lui accorder une mort rapide et discrète. Mais n’éprouvez pas trop ma patience, Asgardiens. Les années l’ont déjà bien entamée. Réfléchissez-y. Ce que je vous demande n’est ni plus ni moins que ce que vous exigiez des humains à l’époque de votre règne. Un sacrifice. Une vie contre celles de tous les autres. C’est une offre honnête et même d’une clémence extravagante au vu de ce que vous mériteriez réellement.
— Qui nous dit que tu peux faire ce que tu prétends ? Seule Idunn parvenait à cultiver ces maudites pommes ! objecta Tyr.
— Et si nous n’acceptons pas ? brailla Njörd.
— Si vous n’acceptez pas, et bien…
Torunn suspendit sa phrase, le temps de sortir d’entre les pans de son corsage un fruit, à l’éclat d’or. Elle leva la pomme, la présentant à la vue de tous. Ainsi moururent les accusations.
— Si vous n’acceptez pas, je m’en irai, en emportant avec moi toutes les années auxquelles vous aurez renoncé. Vos vies s’égraineront, pareilles à des sacs de blé troués derrières lesquels cavaleront les rats. Ils vous rattraperont. Le temps vous emportera et vous serez oubliés. Il te prendra toi, Baldr, et il te prendra tes enfants, Sif. Je vous offre de ne pas connaître sort aussi vain. En revanche, poursuivez-moi et je mettrai feu à l’arbre, père de cette pomme. Faites-moi prisonnière et faute de soins, il dépérira. Brûlez-moi, et ce sont toutes les sorcières qui viendront me venger.
La prise de Thor sur son marteau se raffermit. Il fonça droit sur Torunn, repoussant les mains raisonnables cherchant à le ralentir et ceux qui entravaient plus franchement son chemin.
— Thor, arrête ! ordonna Sif.
— N’as-tu pas écouté ? T'en prendre à elle ne t'apportera rien de bon, siffla Loki pour le narguer. Regarde où en est arrivé ton père après avoir ignoré les souffrances d'Idunn.
— Ne parle pas de mon Père, vermine !
— C'est évident, non ? Ce que tu lui infligerais maintenant, elle te le rendra une centaine de fois.
— Une centaine de fois ?
— Au bas mot.
— Ça ne m’effraie pas.
La masse de Mjölnir glissa aux pieds de son porteur.
S’ensuivit un déchaînement de rage. Thor frappa. Une fois, deux fois, trois fois. Au travers de ses poings, il invoqua les foudres et le tonnerre. Le bruit que fit le crâne de Torunn, en se brisant, pétrifia les vanes. Sif, complètement interdite, eut à éponger les pleurs de Frigga et ceux, terrorisés, de ses enfants. Nanna implorait Thor de cesser mais ses frères, eux, se repaissaient. Plus. Il en voulait plus. Voilà des décennies qu’il n’avait pas goûté à la guerre. Au sang. Alors, dieu brutal acclamé par les guerriers berserks, il défoula son courroux, jusqu’à entendre leurs prières, jusqu’à sentir les battements tétanisés du cœur de sa victime. Mais l’effroi fut total quand s’éleva une voix, un râle que tous crurent venu du royaume des morts :
— Tu faiblis, dieu de pacotille.
Thor referma son poing sur sa gorge. Il serra. Il écrasa avec une satisfaction terrible. Celle de l’ours qui patauge dans les viscères de la biche. Et puis, lorsqu’il crut sentir le relent putride de ses derniers souffles, il la relâcha.
Tout le temps que cela dura, Torunn ne réalisa pas. Sa conscience eut l’intelligence de s’éloigner suffisamment pour lui épargner le détail de sa souffrance. Son corps tressaillit sous les poings, comme celui du Vieux sous le marteau. Mais elle, elle n’était pas morte. Un semblant de vie persistait. Il se terrait dans ses viscères. Sa chair pulsait de toutes parts. Elle ne voyait qu’au travers d’une fente, incisée entre ses paupières bouffies. Thor avait cessé. Le goût du sang inondait sa bouche et son nez. Elle voulut respirer mais elle se noyait dans la bile. De sa voix, capable d’enchanter une forêt entière et de régner sur toutes les espèces, ne restait qu’un gémissement primitif et traînant.
Pour une raison qui lui échappait, son châtiment s’était suspendu.
Toutes ses forces se mobilisèrent pour lui permettre de rouler sur le flanc et de régurgiter ce qui l’étouffait. Des dents flottaient dans le sang. Une grimace lui déchira un peu plus la lèvre quand elle se força à se redresser sur les coudes.
L’attention s’était tournée vers Thor. Sur un point précis de son torse. Avec un grognement bestial, il arracha une branche plantée dans sa cuirasse. Pas une branche. Une flèche. D’où cela vient-il ? Une nouvelle flèche fendit les airs et lui harponna la cuisse. Au-dessus de lui, retentirent les croassements menaçants de deux corbeaux qui se détachèrent des volutes anthracites des nuages. Ils fondirent en pic sur le dieu du tonnerre.
Derrière eux, au seuil de la cour, Loki eut le temps de la voir. Une silhouette spectrale, sombre, qui disparut avant même qu’il ne puisse prononcer son nom. Tanagra. Ses corbeaux regagnèrent les hauteurs du ciel en laissant Thor, pétri de douleur et lacéré de part en part. Monstrueux bambin qui venait de subir le premier retour de bâton de son existence. Frigga se précipita sur lui. Elle le prit par la main – plutôt par la patte – et l’emmena. A leur suite, accoururent Hlin, Sif, Baldr et Njörd. Certains, après un dernier hommage adressé à la dépouille calcinée d’Odin, quittèrent simplement les lieux, ainsi qu’ils l’auraient fait à l’issue d’une représentation théâtrale. Il n’y avait plus rien à voir.
Parmi ceux qui restaient, que des Vanes nota Loki, certains se mirent à guetter les alentours, craignant vraisemblablement que Thor ne resurgisse, pendant que deux autres vinrent enfin auprès de Torunn.
Loki ne fut ni des guetteurs ni des sauveteurs. Il fut celui qui ramassa la pomme dorée dans la boue.